Autre proposition pour l’avenir de l’archevêché

« Demeurez dans la liberté, que nous a donnée le Christ, et ne vous soumettez pas de nouveau au joug de l’esclavage... C’est à la liberté que vous êtes appelés, mes frères. » (Gal. 5 : 1-13) Ainsi nous enseigne le saint apôtre Paul. Comment aujourd’hui mettre ce précepte apostolique en pratique pour notre Archevêché ?

Alors qu’actuellement se déroule un profond conflit entre le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat de Constantinople, il n’est pas de notre intérêt de prendre parti pour l’un ou l’autre de ces Patriarcats. Il n’est pas souhaitable en effet de devenir les victimes de ce conflit.

Dans cette perspective seule notre autonomie peut être l’amorce d’un processus où l’Orthodoxie, « ici et maintenant », dans les pays où le Seigneur nous a appelé à vivre et à mener notre témoignage de la foi et de la tradition de nos Pères, prendrait mieux conscience de sa dimension universelle et de son service « pour la vie du monde ».

Il paraît que le patriarcat de Constantinople serait ouvert au dialogue. Il serait souhaitable que le PC reconnaisse notre autonomie, comme il l’a fait pour l’Église de Finlande et d’autres. Ce sera sans doute difficile, mais en Christ, avec l’aide de Dieu, le dialogue peut être fructueux.

La logique des règles canoniques voudrait qu’une jeune Église soit, un jour ou l’autre, émancipée par son « Eglise-Mère ». Cependant l’histoire montre que l’indépendance a été le plus souvent reconnue après-coup par les « Eglises-Mères ». Ainsi, par exemple, pour les autocéphalies récentes des Eglises de Grèce (1850) et de Bulgarie (1953), tout comme d’ailleurs dans un passé plus ancien pour l’Eglise de Russie (1589), qui maintint unilatéralement son indépendance ecclésiastique après 1448 contre le gré de son « Eglise-Mère », le Patriarcat de Constantinople, bien après que celui-ci eût renié la funeste union de Florence. Aujourd’hui encore, l’autocéphalie de l’Eglise orthodoxe en Amérique (OCA), donnée par Moscou en 1970, n’est toujours pas reconnue par le Patriarcat de Constantinople, ce qui n’empêche pas l’OCA d’être en communion avec de nombreuses Eglises Orthodoxes.

Dans notre cas, nous nous trouvons confrontés à un problème sans précédent, dans la mesure où notre Archevêché, d’origine et de tradition russes, certes, n’en est pas moins devenu aujourd’hui une entité ecclésiale plurinationale et désormais enracinée localement, dans neuf pays européens, sans autre « Mère » que l’Eglise Orthodoxe tout entière, ainsi appelée à l’universalité et à l’unité.

Notre autonomie et notre indépendance, humble et ouverte, surmontant toute nostalgie et la peur de l’avenir, devrait susciter une sollicitude paternelle et une neutralité bienveillante de la part de l’ensemble des Patriarcats Orthodoxes, auxquels nous exprimons notre profond respect, notre soutien indéfectible et notre gratitude.

Dans la mesure où nous serons capables de demeurer tous ensemble fermement unis, conscients de notre vocation particulière en Europe Occidentale, nous serons reconnus et assurés d’obtenir les participations nécessaires aux sacres épiscopaux, sans aucune ingérence extérieure dans l’élection de nos candidats.

En profitant de notre indépendance et de notre autonomie, notre Archevêché, pourra plutôt servir de modeste point de référence, en constituant autant que faire se peut un espace de réelle liberté conciliaire, et où, éventuellement, les Églises en conflit pourront trouver un lieu commun de concélébration, de dialogue et de paix. Au nom de l’amour de Dieu, espérons que notre identité et notre indépendance nous soient donnés et garantis.

Pâques 2019

Signataires (liste ouverte) :
p.Wladimir Yagello
Barbara Yagello
p.Vladislav Trembovelski
p.Antony Sergueievski
diacre Seraphim Dregwald
Michel Mojaïski
Marie Stakhovitch
Irina Mojaïsky Evstathiou
Nathalie Sidorenko
Marc Sidorenko
Basile Kotschoubey
Serge Armbruster.

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