Lettre pastorale de Son Éminence l’archevêque Jean

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N° de protocole : 19.026

Paris, le 22 avril 2019

Chers Pères,

Je me permets de m’adresser à vous en ce début de Semaine Sainte afin de partager selon vos nombreuses demandes mes réflexions sur les suites à donner à notre AGE du 23 février de cette année.

Vous avez à 93% souhaité garder l’intégrité, l’unité et l’esprit de notre Archevêché fondé par le Métropolite Euloge de bienheureuse mémoire en 1921, pendant les heures noires de la Révolution russe.

Garder l’unité et l’esprit mais comment ? Le 27 novembre 2018, le Trône œcuménique a brisé sans aucune concertation le lien ecclésiologique (Tomos de 1999) qui le liait à l’Archevêché et dans la foulée il a détruit son existence en demandant que nos paroisses rejoignent, sans autre forme de procès, les Métropoles grecques du Patriarcat œcuménique en Europe. Votre réaction fut unanime dès le 15 décembre 2018 : gardons l’unité physique et spirituelle de l’Archevêché.

Depuis, avec les membres du Conseil de l’Archevêché, que je remercie pour leur aide et leur dévouement dans cette nouvelle situation, nous avons exploré différentes propositions ou appels qui nous ont été adressés.

Une délégation a pris contact avec l’Eglise russe hors frontière, qui vit aujourd’hui au sein du Patriarcat de Moscou. Hélas, celle-ci ne nous assurait pas toutes les conditions pour la survie de notre Archevêché, préférant accueillir nos paroisses dans ses structures existantes.

Profitant de leurs présences à New York nos délégués ont rencontré des représentants de l’OCA, mais sans grand espoir quant à un lien possible avec notre Archevêché.

La bienveillance du Métropolite Joseph nous avait fait espérer une ouverture et une reconnaissance de notre spécificité par le Patriarcat de Roumanie, mais jusqu’à ce jour nous n’avons ni réponse ni proposition.

Par hasard, grâce à des amis suisses, j’ai pu rencontrer le 30 novembre 2018 à Paris le Métropolite Hilarion de Volokolamsk, responsable du DREE du Patriarcat de Moscou. En raison de notre nouvelle situation, nous avons évoqué avec lui la possibilité pour notre Archevêché de tisser un nouveau lien avec l’Eglise mère qui nous a engendrés conformément aux paroles prophétiques du métropolite Euloge : « En entrant dans cette voie (demande du statut d’ Exarchat 1931), il est évident que nous ne nous séparons pas de notre Mère l’Eglise russe... Nous prenons l’engagement, quand le temps viendra, de soumettre à son libre tribunal de l’avenir tous nos actes de toute la période de notre involontaire séparation extérieure. Et nous continuons à rester en communion de foi, de prière et d’amour avec le Patriarcat de Moscou... Ce n’est donc pas une rupture avec l’Eglise russe ; ce n’est qu’une interruption de nos relations administratives officielles avec le métropolite Serge occasionnée par certaines circonstances de la vie actuelle. » (Irénikon, 8, 1931,p.365).

Ce texte écrit en 1931, à la veille de l’obtention du Tomos qui nous liait « provisoirement » au Patriarcat de Constantinople, nous permettait d’éviter toute collusion avec le nouveau pouvoir soviétique.

Après cette rencontre personnelle, un lien épistolaire s’est créé. Avec quelques membres russophones du Conseil de l’Archevêché, nous avons ouvert un dialogue qui s’avère constructif afin d’envisager un avenir positif pour notre Archevêché : respect de notre autonomie et de nos statuts hérités du Concile de Moscou 1917-1918, de notre mode de fonctionnement, de nos spécificités liturgiques et linguistiques et surtout accord pour ordonner plusieurs évêques auxiliaires afin que nous puissions disposer d’un vivier le jour où il faudra choisir un nouvel archevêque, car si je reste seul cela peut signifier la fin de l’Archevêché.

Ce dialogue franc et respectueux avec les représentants du Patriarcat de Moscou et nos propres représentants maintenant mandatés par le Conseil de l’Archevêché nous permet d’envisager l’avenir et le renouveau de notre Archevêché avec sérénité tout en conservant notre structure ecclésiale dans un lien canonique respectueux de notre identité (à l’image de ce que vit actuellement l’Eglise russe hors frontières) et de poursuivre notre mission en Europe occidentale dans le concert des Eglises orthodoxes qui y sont présentes, sans oublier que dans le futur les orthodoxes devront s’organiser d’une manière plus conforme à l’ecclésiologie orthodoxe.

Récemment une lettre émanant d’un prêtre de l’OCA et circulant sur les réseaux sociaux, invite l’Archevêché à proclamer unilatéralement son autonomie face à toutes les Eglises orthodoxes. Une telle proclamation canoniquement peu justifiable conduirait inexorablement l’Archevêché à son autodestruction et à sa mise au ban des Eglises orthodoxes. Sachez que je ne m’engagerai jamais dans une telle voie.

Parallèlement et suite à la volonté de l’AGE du 23 février, une délégation est allée au Phanar porteuse d’une lettre du Conseil de l’Archevêché demandant le réexamen de notre situation actuelle. Reçue avec bienveillance, notre délégation s’est vue signifier que nous devions mettre à exécution la décision synodale du 27 novembre 2018, car le Patriarcat ne souhaitait pas revenir sur sa décision. De plus, il a été signifié aux membres de la délégation que l’Archevêché n’existait plus dans la vision constantinopolitaine et que nos paroisses, du moins en France, étaient considérées comme un appendice russe au sein de la Métropole grecque. Il convient de signaler que nous n’avons toujours pas à ce jour reçu de réponse ni à cette lettre, ni aux précédentes.

Bien aimés frères concélébrants, beaucoup d’entre vous voudraient savoir où allons-nous et ce que nous devons faire. Dans ces circonstances, je vous propose donc de nous réunir le 11 mai prochain en Assemblée pastorale, comprenant l’ensemble des prêtres et des diacres, afin que vous puissiez vous exprimer librement et m’indiquer vos souhaits pour l’avenir de l’Archevêché. Nous tiendrons cette Assemblée à Saint-Serge. Une invitation vous sera adressée et un programme communiqué par le secrétariat du Conseil.

Si vous ne pouvez pas venir physiquement à cette rencontre, je vous invite à me communiquer par écrit votre vision du futur de l’Archevêché, sachant que seul le Patriarcat de Moscou à l’heure actuelle nous propose un avenir dans le respect de nos statuts et une autonomie nous permettant de continuer à vivre selon l’esprit de nos fondateurs en Europe occidentale.

Cette rencontre nous permettra ensemble de clarifier notre orientation et de choisir avec vous tous le meilleur chemin pour la préservation de la continuité historique de notre Archevêché et de sa présence en Europe Occidentale.

Dans ce temps de prière et de recueillement je vous invite vous et vos fidèles à porter devant le Seigneur crucifié et ressuscité le souci de notre avenir qui nous préoccupe tous et de demander à 1’Esprit consolateur son aide afin que nous fassions le choix le plus juste pour notre existence future.

A tous Sainte fête de Pâques et bonne Résurrection

Jean de Charoupolis, Archevêque des églises orthodoxes russes en europe occidentale.

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