Homélie du patriarche de Moscou Cyrille à l’occasion du Grand Carême 2020

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« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit !

Les paroles suivantes ont été prononcées par saint Grégoire de Nysse : le péché n’est par une partie essentielle de notre nature, mais une déviation de celle-ci. Réellement, il n’est pas rare que nous viennent des pensées selon lesquelles les péchés accomplis par nous, particulièrement les péchés charnels, ne sont rien d’autre que l’action d’une quelconque voix de la nature en nous, à laquelle il est difficile de s’opposer, parce que cela a été programmé par la nature humaine elle-même. C’est la plus profonde erreur. Il n’y a pas une telle voix de la nature qui ne pourrait être vaincue par l’esprit et la volonté de l’homme - en cela l’homme diffère du monde animal. Si vraiment la voix de la nature a une force indéfinissable, Dieu a néanmoins donné à l’homme la raison, la libre volonté, la force de la volonté pour qu’il puisse diriger toutes les autres forces.

C’est précisément par cela que l’homme s’élève au-dessus de tout le reste de la création, en cela se manifeste en lui l’image Divine. Aussi, chaque péché que nous commettons assombrit indubitablement cette image. « Je suis l’image de Ta gloire ineffable » est-il dit dans l’une des prières pour les défunts. Vraiment, l’homme est l’image de l’ineffable gloire divine et pour maintenir cette image, ne pas la détruire, ne pas se transformer en animal, ne pas ressembler à ceux qui sont privés de raison, des forces nous sont données, celles de la raison, de la volonté, des sens mais, et c’est le plus important, il nous est donné le miracle de la foi qui nous unit avec la puissance divine. Et nous sommes aptes à attirer la puissance divine par l’humilité devant Dieu, le jeûne et la prière, pour que la grâce divine nous dirige lorsque notre volonté et nos forces sont insuffisantes.

À proprement parler, le Grand Carême a pour but, en premier lieu, par l’expérience de la prière, du jeûne, de la continence, de former en soi une sorte d’habitude, si nécessaire pour notre vie quotidienne, l’habitude d’attirer, par la force de la prière, l’aide de Dieu pour surmonter nos inclinations pécheresses et les mouvements de la chair qui visitent chaque personne. Le Grand Carême est véritablement l’école de la piété. En aucun cas, nous ne devons perdre même un jour. Non dans ce sens que chaque jour se passe dans la même tension limitée de toutes les possibilités humaines, comme cela se produit certains jours du Grand Carême, mais dans le sens où le champ d’action du Grand Carême doit nous aider à déplacer le centre de notre attention depuis la sphère habituelle de nos intérêts, buts et objectifs vers le plus important - l’état de notre âme. Pour cela nous est donné un moyen remarquable : la pénitence. En fait, la pénitence n’est pas simplement le récit au prêtre de ses péchés et l’obtention du pardon. La pénitence est un certain état de l’âme. Si les pensées sur nos péchés, si l’aspiration à les surmonter sont plus ou moins présentes dans notre conscience, si nous regardons vers Dieu avec espoir, comprenant qu’Il a le pouvoir de guérir les maladies de notre âme, cela signifie que nous vivons une authentique vie religieuse, cela signifie que le Seigneur est prêt de nous.

Et les jours du saint et grand Carême sont le meilleur temps pour éduquer notre attitude envers nous-mêmes et, ce qui est le principal, un sentiment particulier de la présence divine dans notre vie. Et le sentiment de la présence de Dieu dans notre vie n’est rien d’autre que la capacité à recevoir Sa grâce divine, ce qui nous est accordé par la foi, la prière et le jeûne.

Et que le Seigneur nous aide a passer les jours de la sainte quarantaine de telle façon que nous ressentions la présence divine dans notre vie, que nous renforcions notre foi et, nous appuyant sur la force de la foi, nous obtenions les forces pour nous opposer à chaque péché, chaque injustice dans nos vies. Amen ».

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